La Nature au Fil des Saisons : Rencontre avec l’écrivain Marc Giraud

La Nature au Fil des Saisons :  Rencontre avec l’écrivain Marc Giraud

Naturaliste, écrivain et chroniqueur sur RTL, Marc Giraud nous revient avec un livre magistral, une ode à la nature qui traverse les saisons et l’âme. Rencontre …


« Les enfants ont besoin de contact avec les animaux, d’apprendre à côtoyer des êtres différents et à accueillir la richesse de cette différence. C’est ainsi qu’ils feront des adultes pétillants, équilibrés et responsables. »


La nature au fil des saisons livre Marc Giraud naturaliste interview

La Nature Au Fil des Saisons est un recueil d’informations à la fois drôle et ludique. On ne peut ignorer cependant l’urgence environnementale qui en ressort page après page. Assumez-vous cette volonté d’interroger les Hommes sur leur propre responsabilité ?

L’écologie est l’enjeu majeur du XXIème siècle : impossible pour un naturaliste comme moi, témoin direct des atteintes à notre environnement, de le passer sous silence. Ce serait manquer de respect à mon lecteur, car cela le supposerait incapable d’affronter la réalité. Mais j’entends informer sans décourager ! Le paradoxe est donc de distraire, voire de faire rire, sans nier un contexte parfois catastrophique. Donc, je jongle entre des faits démoralisants, et la transmission du bonheur intense que l’on éprouve dans la nature ou au contact des animaux.

La conscience des enjeux écologiques ne doit pas étouffer notre joie de vivre, au contraire : nous avons besoin de garder la pêche pour nous battre, là est notre responsabilité. Et c’est justement la fréquentation de la nature qui nous redonne de l’énergie, comme si c’était elle-même qui nous aidait à la défendre. Il y a là une belle synergie positive.

Le recours à la saisonnalité favorise la notion d’ancrage dans son environnement. Vous signez un réquisitoire pour revenir à nos sens, apprendre à écouter, observer, accueillir les changements. Comment expliquez-vous cette distance qui s’est opérée au fil des dernières décennies entre l’Homme et la nature ?

Aller dans la nature, pour les enfants comme pour les adultes, c’est d’abord un éveil des sens. À chaque fois que je sors de mon train, après une journée urbaine, je suis systématiquement frappé par la bonne odeur de la campagne. Les parfums des fleurs des haies, du gazon coupé, des feux de bois en hiver, tous ces messages sensoriels nous pénètrent positivement, nous élèvent. Au contraire, la ville nous maintient dans l’anonymat gris du béton, nous interdit les nuances délicates des saisons. Nous perdons conscience du monde et de nous-mêmes, dans ce contexte artificiel inventé par nous-mêmes.

Au cours des millénaires, nos ancêtres se sont dégagés des contraintes de leur environnement, ils ont modelé les milieux naturels et les espèces vivantes selon leurs intérêts. Jusqu’à en oublier leurs origines naturelles, qu’ils nient et dont ils ont honte. Aujourd’hui, nous commençons à payer cher les effets boomerang de nos destructions de la nature. Pourtant, dans une confiance aveugle dans « l’Homme », certains croient encore en toujours plus d’artificialisation, comme si la science allait tout résoudre, réparer tous les dégâts. Dans cette fuite en avant, ils rêvent maintenant de conquérir la planète Mars. Pour lui faire subir ce qu’ils ont infligé à la Terre ? Non, la solution serait plutôt dans un retour aux sources, au bon sens, à l’acceptation des fonctionnements naturels qui nous sont vitaux. Il ne s’agit pas d’un retour vers le passé : j’aime la science et le progrès, mais quand il s’agit du progrès de notre bien-être.

Revenons un instant à la dimension éducative de l’ouvrage. Nous sommes dans une époque où le recours constant aux écrans isole les plus jeunes des problématiques environnementales. Pensez-vous qu’une pédagogie verte peut façonner les adultes responsables de demain ?

J’organise parfois des sorties nature pour des scolaires, et les enseignants sont souvent étonnés par ce qu’une simple balade en plein air peut provoquer. Des enfants supposés être des cancres en classe s’éveillent, se révèlent curieux, raisonneurs, brillants. Ceux-là ont eu un déclic qu’ils n’oublieront pas. L’éveil des sens entraîne un éveil de l’intelligence. Apprendre à identifier des oiseaux, par exemple, c’est toute une école de patience, d’observation et de déduction. Dans ce livre, je propose des jeux d’identification, mais aussi des jeux tactiles, sensoriels, qui ne peuvent que faire grandir les lecteurs qui les expérimenteront. Les enfants ont besoin de grimper aux arbres, de jouer avec des cailloux ou de patauger dans des rivières, de confronter les possibilités de leur corps à leur environnement. Ils ont besoin de temps passé à « ne rien faire », à contempler la vie et à laisser s’exprimer leurs rêves et leur imaginaire. Ils ont besoin de construire des cabanes et d’inventer des jeux, à devenir créatifs et à prendre des initiatives. Ils ont besoin de jardiner et de cuisiner pour comprendre « charnellement » le fonctionnement de la nature, et savoir d’où vient leur nourriture. Ils ont besoin de contact avec les animaux, d’apprendre à côtoyer des êtres différents et à accueillir la richesse de cette différence. C’est ainsi qu’ils feront des adultes pétillants, équilibrés et responsables.

La ville ne permet pas cela, et les jeunes humains, qui ont les mêmes besoins que les jeunes animaux, en souffrent parfois sans le savoir. Scotchés devant leurs écrans, ils sont déconnectés de la réalité. Les enfants qui passent trop de temps devant des ordinateurs se retrouvent avec l’imagination en berne, et des capacités physiques moindres que leurs parents. De plus en plus connaissent des problèmes de poids et d’agressivité, leur corps et leur esprit en plein développement ne sont plus que des machines délaissées. Ce sont ces parents qui ont la responsabilité de leur offrir autre chose que ces écrans hypnotiques. Trop d’enfants ont une télé et un ordinateur dans leur chambre, qu’ils regardent sans contrôle, parfois tard dans la nuit. Et à l’école, leurs enseignants récupèrent des zombies…

Une partie de l’humanité a la prétention de croire que la nature n’est rien sans elle. Vous soulignez cet aspect avec l’exemple concret des hôtels à insectes. Pensez vous que la nature existe encore par elle-même ou assistons-nous à l’élaboration d’eco-systèmes aménagés par l’Homme ?

Nous avons bâti une civilisation anti-nature, et nous continuons de craindre tout ce qui ne vient pas de nous. Que d’hystérie médiatique au moindre loup, au moindre frelon, alors que nous baignons quotidiennement dans d’inquiétants cocktails toxiques de notre fabrication ! Comme l’expliquait brillamment mon ami François Terrasson, du Muséum national d’Histoire naturelle, nous avons peur de la nature, c’est-à-dire de tout ce que nous ne maîtrisons pas. Alors nous formatons, nous détruisons, nous « gérons » la nature en nous prétendant indispensables, alors qu’elle était là avant nous, et qu’elle se débrouille très bien sans nous. Nous proposons même aux abeilles et aux oiseaux sauvages des nichoirs ou des « hôtels » à l’image de nos immeubles rectilignes ! Par chance, disait Terrasson, les humains ne peuvent pas changer la forme des nuages…

Certains pensent que nous sommes arrivés à l’ère de l’anthropocène, une période terrestre entièrement formatée par l’Homme, comme s’il s’agissait d’une réelle chronologie géologique. En réalité, nous vivons les conséquences d’une destruction massive et constante de tout ce qui n’est pas humain. Mais un monde uniquement humain ne serait-il pas terriblement inhumain ?

Pour préserver les autres formes de vie, l’urgence serait aujourd’hui de laisser de grandes zones de nature tranquilles, car elle est très capable de se régénérer toute seule. C’est le mouvement récent du « rewilding », le retour du sauvage. En France, l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages) acquiert des espaces qu’elle laisse en libre naturalité : ce sont les Réserves de vie sauvage, au sein desquelles les espèces évoluent en toute liberté, sans gestion humaine et sans aucune exploitation, contrairement aux Parcs et Réserves de l’État, où les mentalités « gestionnaires » persistent. Les espaces sauvages existent, c’est dans les esprits des hommes qu’ils doivent désormais grandir.


La nature au Fil des Saisons Marc GiraudL’AUTEUR
MARC GIRAUD est naturaliste, écrivain et animateur de documentaires à succès, notamment La France sauvageLa nature à votre porte, Ça se passe près de chez vous. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur la nature, Le Kama-sutra des demoiselles, Calme plat chez les soles, Darwin, C’est tout bête, Super bestiaire, La nature en bord de cheminMarc Giraud est également chroniqueur-radio sur RTL et vice-président de l’ASPAS, avec laquelle Comment se promener dans les bois sans se faire tirer dessus ! a été écrit.

Éd. Allary, de Marc Giraud, 20,9€

* interview sponsorisée


Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *